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Quand tout tombe, les mondes et les bombes, quel refuge reste-t-il à part l’amour?

Chère lectrice, Cher lecteur,

Geneviève Lefebvre propose avec Toutes les fois où je ne suis pas morte un récit poignant, touchant, marqué par la terreur, l’amour, la famille, le terrorisme, l’amitié, les douleurs, la peur, etc. Catherine, écrivaine canadienne, se retrouve à Bruxelles au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Elle va rejoindre un journaliste de guerre, son ami, Matt Lewis, pour vivre avec lui une semaine torride, où les deux tourtereaux n’auront rien d’autre à faire qu’à s’aimer. Toutefois, lorsque tout éclate autour de soi, en soi, lorsque le monde est à l’envers, est-il trop tard pour aimer?

Pour écrire ce roman, Geneviève Lefebvre s’est inspirée de son vécu. Elle était à Bruxelles après les terribles attentats qui ont secoué l’Europe. Comme elle le mentionne dans une entrevue :

J’ai eu une vie qui s’est déroulée avant que j’écrive ça. J’étais à Bruxelles pendant les attentats de Paris et il y a eu une arrestation devant mes yeux d’un jeune arabe. Je ne saurai jamais pour quel motif. Tout d’un coup, il y a eu l’armée, les mitraillettes, les chiens. Tout le monde qui était dans le café s’est arrêté. Exactement comme la scène qu’il y a dans le livre. C’est devenu extrêmement silencieux. On se disait qu’il y avait une bombe, qu’elle allait sauter et qu’on allait tous être morts.

Des bombes, il y en a dans ce récit…. Catherine, le personnage principal, a été plus d’une fois frappée par ces dernières. Les bombes n’ont pas réussi à la tuer… pas encore. La première frappe a été le départ de son père alcoolique, mis à la porte du domicile familial par sa mère qui souhaitait faire une place à son amant.

La seconde bombe a été causée par la violence du père de son fils et les sévices qu’il lui faisait subir. Une autre bombe : la mort de sa fille Amalia… Puis, après une longue histoire d’amour avec Laurent, ce dernier l’abandonne comme un vieux chien qu’on laisse sur le bord du chemin sans lui jeter un regard dans le rétroviseur pour aller en chercher un plus jeune.

Catherine, les bombes, elle connaît ça… Ce n’est pas pour rien qu’elle se retrouve dans une Bruxelles assiégée…et qu’elle repense à toutes ces fois où elle n’est pas morte.

Dans les rues de Bruxelles la déserte, de Bruxelles aux pavés noir corbeau, une petite flamme blonde, de cet ocre pâle qu’elle tient de sa mère, dévale l’avenue Stéphanie au volant d’un bolide bleu : Amalia.
Le cœur de Catherine saute un coup, éclaté de mille bombes à fragmentation. Chaque fois, elle s’étonne de retrouver son souffle, d’emplir ses poumons d’oxygène, de vivre. (p. 230-231)

Et bien sûr, il y a ceux qui les lancent ces bombes… sa mère, ses ex, Matt et les djihadistes. Ainsi, en parallèle, le lecteur suit la piste d’un adolescent, Malik, influencé par son ami afin de rejoindre l’ÉI. Il s’est enfui de la maison de sa mère et il se retrouve aussi à Bruxelles, en même temps que Catherine… Malik devient la bombe de sa mère. Cette dernière se rend dans la capitale belge par amour pour son enfant et pour le ramener à la raison. Catherine rencontre la mère de Malik et elle demande à Matt de lui venir en aide. Comme il le mentionne dans son reportage :

À ses côtés, le regard éperdu d’espoir, se tenait Bianca, menue et tenace. Dans sa parka trop grande pour elle.
Matt rapportait l’histoire de cette femme qui cherchait son fils disparu entre les mains de l’ÉI, et qui ne baissait pas les bras.
Il citait les mères de la place de Mai, en Argentine, pendant la dictature, il parlait du courage et de la détermination de ces mères anonymes et désemparées qui refusaient de baisser les bras devant les tentacules des organisations terroristes qui leur prenaient leurs enfants. (p. 311).

Catherine dira du geste de son vieil ami :

Toutes ces fois où je ne suis pas morte, toutes ces fois où je suis restée en vie valaient que je vive pour cet instant où un homme que j’aurais tant voulu aimer s’était mis au service de l’ordinaire pour en rapporter l’extraordinaire. (p. 313)

Peu après le retour à Montréal de Catherine, Bruxelles sera victime d’un attentat terroriste revendiqué par l’ÉI…32 morts.

Toutes les fois où je ne suis pas morte, c’est une histoire forte, puissante, qui va résonner longtemps en moi. On le sait, malheureusement, les bombes n’ont pas fini de tomber et je ne m’y habitue pas. Je suis émue. Je suis à l’envers. Merci Geneviève Lefebvre pour ce magnifique roman.

Que pensez-vous de cette histoire? Avez-vous lu ce bouquin?

Bien à vous,

Madame lit

Bornais, M.-F. (2017, 14 mai). Toutes les fois où je ne suis pas morte : en Belgique après les attentats de Paris. Le journal de Montréal. Récupéré de http://www.journaldemontreal.com/2017/05/14/toutes-les-fois-ou-je-ne-suis-pas-morte-en-belgique-apres-les-attentats-de-paris

Lefebvre, Geneviève. Toutes les fois où je ne suis pas morte. Montréal : Libre expression, 2017, 316 p.
ISBN : 978-2-7648-1126-9