Madame lit De synthèse de Karoline Georges

«Une image, en perpétuel devenir».  (p. 185)

Chère lectrice, Cher lecteur,

Karoline Georges, avec De synthèse, offre un roman perturbant, fascinant, dérangeant autour du thème de l’image. Sa narratrice vit dans un monde virtuel avec son avatar Anouk, prénom signifiant «gracieuse», qu’elle modifie et développe au fil du temps en fonction des modèles féminins qui l’ont marquée. Elle apparaît à la recherche de l’image parfaite. Un jour, tout bascule, car elle apprend que sa mère est très malade et qu’elle va mourir. Elle n’a d’autres choix que de côtoyer sa famille qu’elle a délaissée depuis plusieurs années. Ainsi, elle plonge dans ses souvenirs et elle livre un témoignage renversant autour d’une quête : celle de l’image. Dès l’enfance, elle s’échappe de la réalité par le biais de la télévision, car elle a peur de son alcoolique de père ou encore elle souhaite oublier l’immobilité de sa mère qui est assise devant sa fenêtre et dont le regard est coupé du monde  Elle devient fascinée par les images de personnages féminins tributaires des émissions de télévision ou encore de celles des magazines. Il y a Olivia Newton-John, Fanfreluche, Jinny, ma sorcière bien-aimée, la Femme bionique, Wonder Woman, etc. Toutes ces femmes représentent un idéal. Olivia et son sublime sourire, Jinny et sa légèreté, Fanfreluche et ses livres. Toutes ces héroïnes semblent lui donner envie de modifier son corps. On le devine, la narratrice est née dans les années soixante-dix. Comme elle le mentionne :

J’ai appris très tôt la valeur sacrée des images de la féminité.

Les femmes les plus célèbres du monde étaient toutes immobiles entre les pages des magazines. Ou divines à l’écran. Ou encadrées pour l’éternité dans les musées, j’allais le découvrir un peu plus tard.

Moi, je suis devenue une image sans m’en rendre compte. (p. 18)

À quatorze ans, elle participe à un concours de beauté et le remporte. Puis, elle va s’installer à Paris afin de poursuivre une carrière de mannequin en vivant dans la discrétion, dans la solitude. Elle apprend à devenir une image. De plus, elle visite les musées et observe les tableaux des peintres présentant des modèles féminins inoubliables.  Après une décennie dans la ville Lumière, elle revient à Montréal où elle achète un condo et elle peut s’adonner à sa passion pour l’image en cherchant à créer un avatar parfait grâce à l’argent accumulé en tant que mannequin. Car être image signifie «se faire personnage.»

La création d’images est devenue une nécessité quasi biologique. Une routine. Travailler des formes et des couleurs, un point de vue, inventer chaque jour une gestuelle ; y intégrer un jeu de lumière. Puis recommencer, sans cesse, repousser les limitations, mieux me définir à travers Anouk, toujours nous transformer. Apprendre à dire «je», à travers tous nos différents visages. (p. 179)  

La narratrice passe donc de nombreuses années cloitrée à tenter de créer l’image d’Anouk se lançant dans une quête d’absolu. Cependant, la décrépitude du corps de sa mère lui permettra-t-elle de goûter à la perfection de l’image? Entre composition et destruction, quelle sera l’inspiration? 

En lisant De synthèse, j’ai vécu de belles émotions car les magnifiques femmes mentionnées ont également marqué mon inconscient. Elles font partie de mon imaginaire. Comme la narratrice, j’ai adoré enfant l’univers de Fanfreluche. J’aurais voulu plonger dans un livre pour vivre les histoires. Comme elle, j’ai été subjuguée par Jinny. Je voulais que ma mère transforme ma chambre comme l’intérieur de la bouteille du génie. Comme elle, j’adorais Olivia Newton-John. J’avais toutes ses cassettes! J’ai vu au moins vingt fois Xanadu! Je ratais même l’école pour regarder le film à la télévision. Comme elle, je voulais posséder les jambes de Jamie Somers et avoir le nez de Samantha, la sorcière bien-aimée. Je me rends bien compte que toutes ces femmes ont laissé une empreinte indélébile en moi. De synthèse rend donc un bel hommage à l’image de la femme à travers le regard de l’autre. Ce livre m’a permis de voyager dans mes souvenirs, de retrouver mes yeux d’enfant et d’adolescente. Une histoire qui parle enfin à la femme que je suis devenue. 

Ce livre a remporté de prestigieux prix :

  • Prix littéraire du Gouverneur général du Canada  
  • Prix Jacques-Brossard de la science-fiction et du fantastique québécois
  • Prix Arlette-Cousture des Grands Prix de la Montérégie
  • Prix Aurora Boréal – Meilleur roman 2018

Je tiens à remercier la maison d’édition Alto pour ce service de presse.

Que pensez-vous de ce livre? Avez-vous déjà lu du Karoline Georges?

Bien à vous,

Madame lit

GEORGES, Karoline, De synthèse, Québec, Alto,2018, coll. Coda, 229 p.  

ISBN 978-2-89694-403-3

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander De synthèse par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé. 

7 commentaires »

  1. Même si le nom d’ Olivia Newton-John ne me disait rien, même si j’ai pris un certain temps avant de comprendre que la photo de couverture représentait un avatar, j’ai beaucoup aimé ce livre.
    Tu réussis toujours à bien résumer et présenter le sujet d’un livre avant d’en donner ton avis très personnel.
    De ce roman, c’est surtout la relation mère-fille et parent-enfant qui m’a touchée. Comment finalement, quoiqu’on vive, l’enfant en nous aime toujours ses parents.

    Aimé par 1 personne

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