Madame lit Les falaises de Virginie DeChamplain

« Je me réveille tous les matins essoufflée, essoufflée d’avoir tant couru et rien rêvé». (p. 67)

Chère lectrice, Cher lecteur, 

J’ai décidé de lire Les falaises de Virginie DeChamplain, car j’ai lu une chronique sur ce bouquin (je ne me souviens plus où) et je me suis dit qu’il me fallait découvrir cette histoire et par le fait même, la plume de l’autrice qui avait 26 ans au moment de la publication de son livre. 

Que raconte ce récit? 

V. se retrouve en Gaspésie pour aller vider la maison de sa mère morte. Cette dernière s’est jetée du haut d’une falaise et son corps a été retrouvé sur la batture. De retour dans la maison de sa mère, qui a aussi appartenu à sa grand-mère, V. entreprend une réflexion sur ses origines, sur ces «femmes-fleuve» dont elle est issue. L’une est une voyageuse, sa grand-mère, l’autre est fugueuse, sa mère. D’ailleurs, elle découvre des cahiers ayant appartenu à sa grand-mère, une femme éprise de liberté. Ces cahiers vont lui permettre d’en apprendre davantage sur ses ancêtres, mais aussi sur elle. 

Dans la maison où elle sent roder les fantômes, V. ira à la rencontre de sa colère, celle qui l’empêche d’avancer, celle qu’elle doit dompter, pour laisser place à la nouveauté comme laisser entrer dans son coeur une belle renarde rousse, propriétaire d’un bar dans le village. 

Pour ce faire, elle devra elle aussi partir. Partir loin. En Islande, sur les traces de sa grand-mère pour dégoter la falaise qui lui permettra de retrouver son équilibre et de prendre son envol malgré le vertige qui l’habite, afin de ne plus ressentir ce «trou dans le ventre», comme ses ancêtres.   

Ce que je pense des Falaises?

Je suis entrée dans le livre un peu perturbée par le merveilleux incipit qui m’a donné le goût de lire ce roman. Je le partage avec vous. 

«JE PENSE QUE JE SUIS BRISÉE. 

J’ai l’automne à l’envers. En dedans au lieu d’en dehors. Humide, tiède dans le creux des joues. Du vent qui craque dans la cage thoracique. 

C’est octobre. 

Ma mère est morte et je n’ai pas encore pleuré.»

J’aime bien ces personnages brisés qui cherchent un moyen de se reconstruire. C’est cette envolée au pays de la douleur à laquelle nous convie l’autrice. Une douleur qu’il faut libérer intérieurement et extérieurement. Parfois, il faut pleurer, parfois il faut crier. Mais, toujours avancer… c’est ce qui est présenté dans ce livre composé de courts chapitres, de poèmes et d’extraits de journaux intimes. La plume de l’autrice est à l’image des paysages gaspésiens, elle est marine, salée, puissante, sauvage. Une bien belle lecture sur le deuil et sur la filiation. 

Mais encore, la figure de la mère trône dans ce roman. En allant à la rencontre de ses ancêtres féminines, V. s’occupe de ses morts pour mieux prendre soin de ses vivants. Comme le mentionne la narratrice : 

« Ma mère était rentrée à la maison pour lui dire qu’elle était enceinte de moi. À la place, elle l’a trouvée morte sur la galerie. On aura partagé ça. La mort et la vie. Quelques mois à exister en même temps. Faut croire qu’on est de même, les femmes de la famille. On arrive pas à être ensemble ». (p. 73)

La mère s’avère un personnage marquant en littérature québécoise. Chaque époque possède ses mamans et il importe de les mettre en lumière dans les récits et de raconter leurs histoires. Elles sont belles et fortes les mères québécoises, comme le fleuve, comme les marées, comme les ressacs.

J’ai bien aimé ma lecture et je crois que je vais garder un oeil sur cette autrice québécoise qui n’a certainement pas fini de proposer des histoires fascinantes à son lectorat. 

Avez-vous lu ce roman? Que pensez-vous de mon article? 

Bien à vous, 

Madame lit

DE CHAMPLAIN, Virginie. Les falaises, Saguenay, La Peuplade, 2020, 211 p. 

ISBN : 978-2-924898-51-2

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander le livre mentionné par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

14 commentaires »

  1. Ton commentaire sur les mères québécoises me touche beaucoup. Car tu as parfaitement raison. Les mères québécoises sont riches et importantes. Les mères au Québec ont été souvent qualifiées de façon méprisantes de « castrantes », de « germaines », indiquant qu’elles géraient tout. Mais si elles prennent tant de place c’est peut-être juste parce que les autres alentours se lavent les mains de leurs responsabilités familiales et sociales et jouent à l’autruche. Tu ne peux accuser quelqu’un de prendre trop de place si tu ne prends pas TA place. Merci pour cette chronique encore très juste et éclairante.

    Aimé par 1 personne

    • Je vous remercie pour ce commentaire. Je l’apprécie beaucoup. J’ose croire que toutes les femmes du monde entier puissent prendre la PLACE qui leur revient. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, mais l’important est de les mettre en lumière. C’est ce que j’ai tenté de faire par le biais de cet article. Au plaisir!

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