Madame lit La Lettre à Helga

Helga_lettre

Chère lectrice, Cher lecteur,

J’ai choisi de lire un second bouquin islandais car j’ai envie de découvrir un peu plus la littérature de ce pays. En ce sens, mon défi littéraire est doublement relevé en février. Ainsi, j’ai dévoré La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, écrivain né en 1971 possédant un doctorat en littérature médiéval scandinave. Ce roman se lit pratiquement en une soirée car il est court et touchant. Bjarni Gíslason de Kolkukustadir répond très tardivement à la seule femme qu’il a aimée passionnément, intensément : Helga, sa maîtresse. Il lui écrit une longue missive le 29 août 1997 alors qu’il est vieux. Il a 90 ans et il apparaît sur le point de mourir. Il lui parle de la vie en sol islandais, des troupeaux de moutons, de son épouse, de son travail de contrôleur de fourrage, de son intérêt pour les animaux et pour la nature, des souvenirs passionnels précis de ses ébats furtifs avec elle. Le plus important, il lui relate tout le désir qu’il ressentait pour elle, tout cet amour qui n’a cessé de le consumer, de le ronger, jour après jour, même s’il est le seul responsable de cette passion vécue au fil du temps en solitaire. C’est la confession d’un homme simple abordant la saison des amours de sa vie. Cet humble éleveur de moutons islandais couche sur le papier sa plus belle histoire à celle qu’il a tant aimée, sa chère Helga. C’est sa blessure, c’est son dernier chant du cygne, c’est son drame. Il explique à Helga pourquoi il ne s’est pas enfui en ville avec elle comme elle lui a demandé. Il lui mentionne qu’il est né fermier et qu’il aurait été malheureux loin de sa terre et de ses animaux et qu’il a appris à vivre en fonction des traditions et à être son propre patron. Loin de sa ferme, il aurait renié son identité. Il évoque ses choix, il justifie ses actes. Le drame de sa vie, c’est qu’il s’est choisi, mais il a vécu sans jamais pouvoir oublier Helga, son grand amour.

Encore une fois, j’ai été portée par une belle histoire… Je crois que les écrivains islandais possèdent un je ne sais quoi qui parlent à mon cœur tout en rejoignant mon imaginaire grâce aux descriptions de la nature nordique. De plus, j’aime retrouver dans leurs livres un questionnement existentiel et un attachement sincère à leur pays. Car Bjarni aime aussi l’Islande. Il permet au lecteur d’avoir accès à de merveilleuses descriptions de la mer, de la terre, du folklore, de la culture. Par exemple, le narrateur cite des poètes ou des écrivains, il offre des extraits de chansons ou de la Bible pour faire comprendre ses sentiments.

Au fond du cœur j’avais bien
-comme tous les autres sans doute-
un fil pour suivre ma route,
mais il ne m’a servi de rien.   Kristján Óli

Mais encore, j’ai été entraînée dans un univers intime, touchant, mais triste. J’aurais voulu tendre la main à ce vieillard pour lui lire sa lettre et regarder la passion illuminer ses yeux. C’est tendre, c’est émouvant, c’est douloureux comme un amour inachevé.

Je compris que je ne réussirais jamais à me libérer de ton emprise- j’aurais soif de toi jusqu’à mon dernier souffle. Je me fiche pas mal d’écrire cela, Helga; je ne suis qu’un vieillard qui n’a plus rien à perdre. Bientôt s’éteindra la dernière flamme et ma bouche béante se remplira de terre brune. Continuerai-je alors à te désirer? (p. 36)

De surcroît, M. Robert Benoit m’a fait parvenir la photo de l’Étang de Reykjavík et il en est question dans le récit. Le narrateur, devant cet Étang, réfléchit sur l’opposition entre le mode de vie à la campagne et celui en ville. Bjarni contemple les canards et il établit un lien entre eux et lui.

On pourrait à la rigueur accepter de vivre en ville, si l’on n’y devenait pas tellement ennuyeux à force d’y habiter. Même les canards de l’Étang, qui voient tout leur tomber cuit dans le bec, perdent leur éclat et leur caractère. Quand je suis allé à Reykjavík pour le compte de la Coopérative, en me baladant autour de l’Étang, j’ai pu constater que les oiseaux s’y comportent autrement. Ils ne jouent ni ne manifestent la moindre curiosité, à la différence de leurs congénères dans la nature. Les canards de Reykjavík sont devenus exactement pareils aux gens, de tristes parasites qui se chamaillent pour gober ce qu’on leur jette. N’est-ce pas précisément ce terreau qui génère des idées selon lesquelles la vie serait vide de sens? Précisément chez ceux qui ont perdu le contact avec leur vraie nature. (p. 95)

Photo_Étang_robert_benoit

Merci M. Robert Benoit pour la belle photo de l’Étang de Reykjavík et de ses canards!

Si vous avez envie de plonger dans un court récit et de passer un bon moment, je vous invite à lire cette petite perle épistolaire…

Avez-vous déjà lu La Lettre à Helga? Aimez-vous ce type de récit?

Bien à vous,

Madame lit

BIRGISSON, Bergsveinn, La Lettre à Helga, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, Paris, Zulma, 2013, 130 p.
ISBN 9-78-2-84304-649-9

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21 commentaires »

  1. Je crois que tout est dit dans les mots que tu emploies pour nous faire apprécier ce roman que j’ai lu et que j’aime beaucoup.

    Tu te dis portée par une belle histoire, portée au point de vouloir tendre la main à ce vieillard, lui lire sa lettre et quelle trouvaille dans les mots de la fin de ta phrase, regarder la passion illuminer ses yeux.

    Qui ne sera pas tenté de lire ce roman après avoir lu ton billet?

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime énormément la justesse de l’observation et ce parallélisme avec les canards !

    Faire des choix, c’est toujours perdre, je ne sais plus qui disait cela. Il a été courageux Bjarni et il me plait bien (un qui n’aurait pas succombé à la Situation), mais entre nous, la nature est irremplaçable, alors que les hommes/femmes… Pfff, je sais, je suis pas romantique !
    Bravo pour ce doublet islandais.

    Aimé par 1 personne

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