Madame lit Pas même le bruit d’un fleuve

«Le fleuve est une histoire de naufrages et de recommencements». (p. 70)

Chère lectrice, Cher lecteur,

Hélène Dorion vient de faire paraître chez Alto un roman intimiste et poétique. Dans ce dernier, elle nous présente l’histoire d’Hanna, une écrivaine. À la suite de la mort de sa mère, Hanna découvre une boîte contenant des coupures de journaux, des lettres, des cahiers, des photos. Intriguée par sa découverte, elle part en voyage en suivant le Saint-Laurent et elle se rend jusqu’à Kamouraska. Sa meilleure amie Juliette, une artiste viendra la rejoindre. Ainsi, elle est amenée à revisiter le passé de sa mère et de sa grand-mère en comprenant à quel point ces dernières ont été marquées par le deuil de l’Amour. À cet égard, la souffrance intérieure apparaît comme le fil conducteur des femmes de sa famille. Différents évènements historiques viennent modifier le parcours de ces figures féminines comme la Première Guerre mondiale ou encore le naufrage de l’Empress of Ireland. Ces dernières apprennent à survivre dans le silence, en retrait du monde. La souffrance peut-elle être transmise de génération en génération? Quels drames le fleuve Saint-Laurent abrite-t-il en son sein? L’Art peut-il assurer le salut d’Hanna?

Le fleuve Saint-Laurent

Je me suis beaucoup retrouvée dans cette histoire. J’ai grandi devant le fleuve Saint-Laurent. J’ai observé ses vagues, j’ai entendu le récit de ses drames, j’ai vu sa beauté, j’ai son odeur imbibé dans ma chair, je sens parfois son souffle sur ma peau. Ce dernier détient une place capitale dans cette histoire tout comme dans la mienne. Comme le mentionne Antoine, le grand Amour de Simone, la mère  d’Hanna :

Quand je navigue sur mon voilier, poursuit Antoine, le fleuve devient un corps qui traverse les saisons – des vagues hautes pour le printemps, les vents chauds de l’été, les glaces de l’hiver qui s’entrechoquent, et déjà les secousses de l’automne ramènent les mois de dénuement où le cours s’immobilise. Tout ce temps, les poissons, les crustacés, les baleines, les cachalots, les phoques et les oursins disent une vie que la surface des choses connaît à peine. (p. 70)

C’est cela le fleuve et notre rapport au temps, à la nature, à la vie et à ses mystères. Hélène Dorion doit l’avoir beaucoup observé pour présenter autant de vérité par rapport à notre lien au fleuve. Ce dernier rythme les pages de ce récit, des personnages et des êtres humains le côtoyant. Elle a su déceler une parcelle de son mystère, de sa grandeur, de son intensité.

«Par le fleuve, on refait le trajet de l’amour et celui des conquêtes, on voit le bien et le mal au fond des mêmes eaux embrouillées du temps. (p. 68)»

Ainsi, Hanna le suivra pour tenter de refaire le trajet de l’Amour. Elle arrivera tant bien que mal à bon port.

Les racines de l’Amour

Mais encore, grâce à Hanna, j’ai repensé à ma grand-mère qui n’a pas pu épouser son grand Amour, un Juif alors qu’elle était chrétienne. Mon arrière-grand-père avait refusé la main de ma grand-mère Marianne à son amoureux. J’ai repensé à ma mère qui avait dû choisir entre deux amoureux la veille de son mariage. Ces histoires ont-elles marqué mon devenir? Comme il est mentionné dans le récit :

Nos racines courent sous le sol, invisibles, impossibles à déterrer toutes. On peut essayer d’en arracher une, espérer qu’elle nous mènera vers une autre qu’on pourra dégager, elle aussi, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on perçoive un sens à cette histoire qu’on appelle notre vie. (p. 11)

Hanna est amenée à dénouer les nœuds silencieux de ses racines pour en arriver à retrouver son identité. La nouvelle vague la frappant pourra-t-elle lui donner accès à une certaine paix émotionnelle? C’est ce que vous devez découvrir par le biais de cette histoire.

Lire Pas même le bruit d’un fleuve, c’est se lancer dans une quête profonde, celle d’Hanna, où la nature, le pouvoir des mots et l’Art dévoilent la beauté cachée de l’univers.

Je vous recommande cette belle traversée du Saint-Laurent rythmée par le silence la marée.

Je tiens à remercier les Éditions Alto pour cet envoi en service de presse.  

Avez-vous déjà lu du Hélène Dorion? Que pensez-vous de mon billet?

Bien à vous,

Madame lit

DORION, Hélène. Pas même le bruit d’un fleuve, Québec, Alto, 2020, 179 p.

ISBN 978-2-89694-449-1

Cet article contient des liens d’affiliation grâce à un partenariat avec la coopérative des Librairies indépendantes du Québec. Vous pouvez commander Pas même le bruit d’un fleuve par le biais du site Web des Libraires grâce à un lien sécurisé.

14 commentaires »

  1. Merci pour cette belle critique car à travers elle je revoie le fleuve Saint Laurent avec ses glaces qui s’entrechoquent en hiver lors de la traversée en bac. Je me rappelle du passage des brise-glaces et du bruit quand elle se fend… Nous habitons la France et ce voyage au Quebec en janvier, il y a xx années reste inoubliable tout comme l’accueil et la culture locale. Bravo pour ce blog intéressant

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  2. Cet hiver — et encore plus particulièrement il y a quatre semaines– j’avais la tête (et les pieds) bien ailleurs.
    Mais je me reprends peu à peu.
    Dans ma liste Pour qui je me prends de Lori Saint-Martin (terminé), Habiller le coeur qu’une amie vient de me passer. Ma mort à moi emprunté numérique. Et Pas même le bruit d’un fleuve réservé pour fin avril.
    Alors de quoi m’occuper pendant ce confinement.

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  3. Quel magnifique roman! Et aussi quel plaisir de lire ce que tu en dis! Je le lis en pensant à toi en tentant de découvrir les passages que tu as le plus aimés ou les passages qui te rejoignent comme le début du roman quand Simone nage…

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